Vous avez besoin d'un interprète LSF (ILS) pour une réunion, une formation, un entretien. Vous n'en avez jamais réservé. Vous vous demandez ce qui va se passer pendant la mission, et pourquoi ça coûte ce que ça coûte. Cette note est pour ça.
Ce qui se passe pendant votre visio
Imaginez une visio standard sur Zoom, Teams, Meet. Vous, vos collègues entendants, votre collègue ou intervenant sourd. À cette visio, on ajoute un participant : l'interprète.
À partir de là, deux flux de traduction se mettent en place, en simultané :
- Quand vous (ou un autre entendant) parlez, l'interprète restitue votre discours en langue des signes française dans sa caméra. La personne sourde le regarde et comprend votre propos en temps réel.
- Quand la personne sourde signe, l'interprète traduit sa parole à l'oral pour vous, dans le canal audio standard de la visio.
Pas d'application séparée, pas de matériel particulier de votre côté. Une seule chose à configurer en début de mission : la personne sourde épingle l'interprète dans son écran pour le garder visible en grand, quel que soit l'orateur en cours. Trente secondes, et c'est fait.
Pourquoi ce n'est pas "mettre des signes sur des mots"
Une idée tenace : l'interprète serait un dictionnaire vivant qui transforme chaque mot français en signe correspondant. Cette image se heurte à une réalité structurelle. Il n'existe pas d'équivalent signé stabilisé pour chaque mot français. La LSF est une langue à part entière, avec sa grammaire propre, son organisation spatiale, ses tournures idiomatiques. Elle ne se calque pas sur le français.
Ce que l'interprète traduit, c'est du sens. Il s'agit de comprendre ce que vous voulez dire — votre intention, le contexte, ce qui est implicite — et de le restituer dans une autre langue, qui se signe et qui se voit. Quand un terme métier n'a pas de signe établi, plusieurs tactiques : passer par une périphrase qui le décrit, l'épeler en dactylologie, ou co-construire l'usage avec la personne sourde sur le moment pour la suite de la mission.
C'est aussi pour ça que la préparation pèse autant. En envoyant en amont l'ordre du jour, le vocabulaire spécifique, le nom des intervenants, l'interprète peut travailler le contexte avant la mission. Si un acronyme métier inconnu surgit en pleine réunion, ça passe une fois en hésitation. S'il a été vu la veille dans un document, ça passe sans accroc.
Ce qui se passe à côté de la traduction
Une interprétation ne se limite pas à de la traduction linguistique. C'est aussi la gestion des conditions de l'échange : à quel moment chacun prend la parole, comment on signale qu'on veut intervenir, comment on rend visibles les changements de locuteur quand la parole circule rapidement, comment on gère un implicite ou une référence culturelle.
En visio, ces conditions sont plus contraintes qu'en présentiel. L'écran impose son tempo. Les coupures, les décalages, les superpositions audio existent. La caméra cadre une partie du corps seulement. Il faut signer dans un espace exploitable, garder les mains et le visage lisibles, rester opérationnel pendant toute la durée.
C'est pourquoi, sur les missions denses ou longues, on travaille à deux. La règle pratique :
- Formation, conférence, séminaire, ou réunion dense de plus d'1 h : deux interprètes en relais automatique, qui s'alternent toutes les 15 à 20 minutes. La qualité de la dernière heure dépend de cette rotation.
- Réunion d'1 h ou moins : un interprète solo suffit.
- Réunion d'environ 2 h avec une pause de 15 minutes au milieu : un interprète solo peut tenir, la pause sert de coupure naturelle.
L'interprète n'est pas un médiateur
L'interprète traduit, sans reformuler, sans prendre position. Si une tension émerge entre les parties, ce n'est pas son rôle de la dénouer ; son travail consiste à ce que les deux parties s'entendent vraiment, après quoi elles font ce qu'elles veulent de cette compréhension. Si la personne sourde pose une question juridique ou métier à l'interprète en cours de mission, celui-ci ne répond pas à sa place. Il traduit la question, vous répondez.
Pour les dispositifs où c'est un téléconseiller signant qui traite directement la demande (et non un interprète qui traduit), c'est un autre métier — voir l'article sur l'accessibilité du service client en entreprise.
La discrétion comme cadre
Tout ce qui se dit pendant une mission reste strictement entre les parties présentes. Aucune discussion ultérieure, aucun résumé, aucune trace écrite, aucune copie d'écran, aucun enregistrement côté interprète. C'est le cadre déontologique du métier, partagé par tous les interprètes diplômés en France. C'est aussi ce qui rend possibles les missions sensibles : médecine du travail, entretien RH, comité social, juridique. Sans cette garantie, ces missions seraient impossibles.
Pour démarrer
Si vous avez un besoin précis, prenez contact. Décrivez la nature de la mission, la date, la durée, le format, et tout ce qui peut aider à préparer un devis juste. Réponse et devis sous 24 heures ouvrées.
- Décret n° 2017-875 du 9 mai 2017 — accès des personnes handicapées aux services téléphoniques (qualifications interprètes pour missions sensibles).
- AFILS — Association Française des Interprètes en Langue des Signes — code éthique de la profession (secret, fidélité, neutralité).
- Sophie Pointurier (2014), L'interprétation en langue des signes française : contraintes, tactiques, efforts, thèse de doctorat, ESIT — pour les notions de charge cognitive, tactiques et travail en duo.