Le cadre légal en deux phrases

La loi pour une République numérique du 7 octobre 2016 (article 105), précisée par le décret du 9 mai 2017 et ses textes d'application, impose à certaines entreprises de rendre leur service client accessible aux personnes sourdes, malentendantes, sourdaveugles ou aphasiques. Cette obligation s'ajoute au cadre général de la loi handicap de 2005 et s'étend progressivement à de nouveaux secteurs depuis 2018.

Qui est concerné

Sont concernés en priorité :

  • les opérateurs téléphoniques (obligations les plus anciennes et les plus strictes) ;
  • les services publics (administrations centrales, collectivités territoriales au-delà d'un certain seuil de population) ;
  • les entreprises du secteur privé dont le chiffre d'affaires annuel dépasse 250 millions d'euros, mesuré par unité légale sur la moyenne des trois derniers exercices comptables. Sont concernés tous les secteurs où l'entreprise diffuse un numéro de service client (énergie, eau, transports, banque, assurance, e-commerce, télécommunications, etc.).

Le seuil est fixé par le décret du 9 mai 2017 (art. R. 112-9 du code de la consommation). La référence opérationnelle reste l'ARCEP, qui publie régulièrement l'état des lieux de l'accessibilité téléphonique.

Ce qu'il faut rendre accessible

L'obligation porte sur le service client — la ligne par laquelle vos clients vous joignent pour une question commerciale, un litige, une assistance technique. Concrètement :

  • un canal d'appel accessible en LSF, en LPC et en TIP (transcription) ;
  • des plages horaires d'ouverture alignées sur celles du service téléphonique standard. Le décret prévoit une montée en charge progressive : jusqu'au 30 septembre 2026, l'amplitude horaire doit couvrir au moins 50 % de celle du service client standard ; à partir du 1er octobre 2026, elle doit être identique ;
  • un temps d'attente raisonnable, comparable à la file d'attente entendante ;
  • la gratuité pour l'usager final.

L'objectif n'est pas de créer un service "réservé aux sourds" en marge du service principal, mais de rendre l'accès égal — même délai, même qualité de prise en charge, même opérateurs habilités à traiter la demande.

Comment les plateformes y répondent

Aucune entreprise standard ne construit ce dispositif en interne : c'est complexe (3 modes simultanés, interprètes diplômés disponibles 8h-19h, infrastructure visio), réglementé, et le volume d'appels ne justifie pas un investissement direct. Les entreprises passent donc par des plateformes spécialisées qui intègrent un module d'accessibilité dans le service client existant.

Quelques acteurs du marché français : Deafi, Acceo, Tadeo, Elioz, parmi d'autres. Le principe est le même chez tous : l'utilisateur sourd se connecte à la plateforme (via le site de l'entreprise ou une application dédiée), choisit son mode (LSF / LPC / TIP), et la plateforme route l'appel vers son équipe interne tout en assurant la traduction en temps réel avec votre service client.

Selon la plateforme, deux modèles coexistent :

  • Modèle interprétation pure. Un interprète diplômé en LSF (ILS) traduit en simultané entre la personne sourde et votre téléconseiller entendant. L'interlocuteur côté entreprise reste un téléconseiller standard.
  • Modèle visio-conseiller signant. Un conseiller, lui-même sourd ou bilingue LSF, traite directement la demande dans la langue de l'usager, en appliquant vos process. L'interprétation n'est pas nécessaire car les deux parties partagent la langue.

Les deux modèles répondent à l'obligation légale, mais ne couvrent pas exactement les mêmes besoins. Le premier est plus adapté quand le contenu de la demande est très technique et lié à votre catalogue. Le second est plus fluide pour des demandes simples et standardisées (info commerciale, suivi de commande, FAQ).

La distinction interprète / téléconseiller signant

Ces deux rôles sont parfois confondus dans les appels d'offres, ce qui peut conduire à des erreurs de cadrage. La distinction est juridique (le décret de 2017 sépare clairement les qualifications) et pratique :

  • L'interprète diplômé en LSF traduit. Il ne traite pas la demande à votre place. Il est tenu au secret professionnel et à un cadre déontologique strict (impartialité, fidélité au message, non-substitution). Pour comprendre concrètement ce qu'il fait dans une mission, voir l'article sur la visio-interprétation.
  • Le visio-conseiller signant est un téléconseiller qui parle la LSF (ou la code en LPC). Il représente votre marque, applique vos process, conseille, oriente, résout. Sa qualification est commerciale, pas traductologique.

Confondre les deux, c'est demander à un interprète de faire du conseil client (interdit déontologiquement) ou demander à un téléconseiller de traduire pour un tiers (sans la formation requise). Les plateformes sérieuses distinguent toujours ces deux fonctions dans leurs équipes.

Comment évaluer une offre

Quelques points à demander aux plateformes en consultation :

  • Les interprètes mobilisés sont-ils tous diplômés ? Quel diplôme ? (Le Master d'interprétation Français-LSF de l'ESIT, de l'Université Lille 3, ou de l'Université Paris 8 reste la référence en France.)
  • Les conseillers signants sont-ils eux-mêmes sourds ou des entendants bilingues ? Les deux modèles existent, mais ne donnent pas la même qualité d'expérience.
  • Quels sont les temps d'attente moyens réels (à comparer à la ligne standard) ?
  • Quelles sont les plages horaires couvertes ? Et le week-end ?
  • Comment la plateforme intègre-t-elle votre système d'information existant (CRM, ticketing, base client) ?
  • Quelles statistiques sont fournies (volume d'appels, durée moyenne, motifs de contact) ?
— sources & références
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